Maxime Prigent alias Maxime Loves Cryptos – l’interview Twitter

Notre première interview aujourd’hui, dans laquelle nous avons le plaisir d’accueillir Maxime Prigent alias Maxime Loves Cryptos sur Twitter !

Tout d’abord, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Maxime Loves Cryptos, 29 ans, membre du cryptotwitter francophone. Je tiens une revue au quotidien du marché crypto, et j’essaie d’en lire les connexions avec le reste des marchés financiers. Je creuse et dépatouille avec ma pelle et ma pioche ce monde fascinant que sont les cryptomonnaies, et puis j’en rédige quelques articles sur mon Medium.

Dans la vie, je suis yield manager au sein d’un grand groupe Européen de tourisme. On me pose souvent la question, à savoir si je suis un financier. J’ai un background en économie et en marketing. Je suis aussi diplômé d’histoire et de relations internationales, mais je ne suis pas financier de métier ni de formation. Mais la finance, je me rends compte qu’au fond, c’est finalement un mélange de tout cela.

Quelques mots sur l’économie mondiale globale actuelle ?

On semble arriver à la fin d’un cycle économique qui aura duré une dizaine d’années, dont la particularité est qu’il aura été tracté par une politique d’impression monétaire et un endettement sans précédent.

Les marchés sont présentement dans des équilibres très précaires, les « politiques d’accommodation » ont engendré des distorsions de marché énormes, des prises de risques déraisonnables, un endettement public, privé et individuel record. Et en bout de chaîne, les inégalités économiques béantes que l’on connaît aujourd’hui. C’est toujours pareil, quand vous assurez à quelqu’un qu’en dernière instance, vous lui paierez toutes ses bêtises, et bien vous prenez le risque que cette personne continue de pousser le bouchon toujours plus loin…

L’enjeu actuel, c’est rien de moins qu’une crise financière qui nous pend au nez, et ce dans un contexte où les grandes économies accumulent les données récessives et attestent d’un ralentissement économique globalisé. Ajoutons à cela la dégradation des relations du G2, où nous sommes peut-être dans les prémices « guerre froide » économique. Bienvenue en 2019.

Le but du jeu des autorités financières de par le monde est maintenant d’éviter le dérapage, avec pour ambition d’opérer un “dégonflement de bulles maîtrisé”. Un vœu pieux à mon sens. Ceci, afin d’éviter une crise dont les conséquences seront forcément pire que celle de 2007-2008. Les marchés sont entrés dans une période de volatilité significative depuis la fin 2018. L’observateur avisé sait très bien qu’il y a un avant et un après depuis cette période. Conséquence, on est dans une incertitude terrible, où les professionnels n’osent plus vraiment bouger, avec des marchés qui bougent rapidement dans un sens puis l’autre, faute d’une faible profondeur des carnets d’ordres.

Par conséquent, et c’est ce qui fera le lien avec notre centre d’intérêt, le « mythe fondateur » du Bitcoin pourrait bien être mis à l’épreuve de manière imminente. On verra bien s’il est effectivement cet « actif refuge », conçu pour être « anti-crise » par définition. Pour l’instant, il n’a connu qu’un contexte financier bullish depuis sa création. Il a connu des corrections de marché, des crises localisées, (où il a effectivement été une proposition d’actif refuge et de valeur d’échange valide dans des économies dégradées comme au Venezuela, au Zimbabwe, en Argentine), mais pas de crise systémique.

As-tu déjà miné ou développé quelque chose autour de la blockchain ?

Non, je ne me suis jamais intéressé au minage. Peut-être à l’avenir j’envisagerai cela, dans une approche rentière. Je ne projette pas non plus de développer quelque chose. Ce n’est pas ma compétence. 

A la rigueur, mon projet serait plutôt d’intervenir comme investisseur dans le domaine. Un de mes objectifs de long-terme serait de parvenir à créer, ou du moins participer, à un fonds d’investissement spécialisé cryptomonnaies. Mais j’y suis pas encore…


Tu officies sur Twitter dans le domaine des crypto-monnaies depuis l’été 2017, qu’est ce qui t’as amené à créer cette revue de marché daily ?

Effectivement, je suis sur CryptoTwitter depuis l’été 2017, où je faisais plutôt du suivisme au début. Et je suis devenu acteur courant 2018. En fait, l’idée de faire une revue de marché au quotidien est partie d’un besoin personnel : j’ai besoin d’avoir une audience à qui parler et qui m’astreint à faire mes analyses de manière rigoureuse, parce que j’ai une sale tendance à procrastiner sinon.
Au début, j’ai lancé mes publications comme une bouteille à la mer. Et puis l’audience a été au rendez-vous. Je pense que ce qui plaît, c’est le fait que j’ai une approche « institutionnelle », avec une connaissance des marchés et du trading, et que je parviens probablement à transmettre ce domaine difficile à appréhender avec suffisamment de clarté, m’exprimant en Français. Et c’est vrai que c’est quand même vachement mieux d’apprendre des choses complexes dans sa langue maternelle.

Que penses-tu de l’avenir de la crypto-monnaie avec l’arrivée d’un géant tel que Facebook (et bien d’autres) ?

Les cryptos ne sont que le support, une technologie maintenant mise à disposition pour tous. J’aurais envie de renverser la question : quel avenir sont en train de préparer ces entreprises géantes au moyen de la cryptomonnaie ?

A mon sens, c’est simplement la suite logique du paradigme du XXIème siècle : celui des grandes entreprises qui détiennent un pouvoir réel par-delà les Etats. Désormais, elles commencent à investir un domaine régalien, celui de la monnaie. Beaucoup débattent sérieusement, d’autres délirent, sur l’idée d’un « nouvel ordre mondial »  en gestation.

Finalement, celui-ci ne semble pas tant se dessiner sous la forme d’une gouvernance politique globale, mais plutôt par la forme d’entreprises-mondes qui font montre d’actes de souveraineté politique : elles collectent et exploitent des données personnelles, mènent des actions « d’orientation » des opinions publiques, censurent et sanctionnent les entreprises et individus qui ne leurs correspondent pas, choisissent où elles placent leur fiscalité et la négocient, ont des trésoreries plus grandes que celle d’Etats, etc… Et maintenant, elles envisagent quelque chose d’assez fou quand on y pense cinq minutes… Une tentative de battre monnaie… Mais là, ça ne se fera pas sans que l’Etat ait le dernier mot, vous pouvez en être certain.

Parlons aussi de leur tendance de fond de toujours rechercher à maîtriser au maximum l’entièreté de la chaîne de production de valeur de leurs champs de compétences. C’est l’étape suivante du process : rechercher de l’efficience du côté système de paiement, éliminer les intermédiaires financiers, en proposant directement au client les moyens dans lesquels ils vont échanger, voire carrément la monnaie, comme on le disait juste avant. C’est vrai que les entreprises ont beaucoup de marges de progression dans ces domaines là, et la blockchain et les cryptomonnaies sont un outil véritablement puissant dans cette perspective.

C’est là qu’on voit le potentiel disruptif d’une technologie : chaque jour, elle permet de réaliser des choses qui dépassent l’entendement et les conventions du temps présent.

Plutôt analyse technique pure et dure ? Fondamentale ? Psychologie des foules ?

Concernant les cryptomonnaies, je suis quasi exclusivement dans l’approche technique. Spécifions qu’il y a une différence entre le trading et l’investissement. Pour le trading, ma forme d’intervention principale, c’est 95% du temps sur de l’analyse technique et psychologique. Les news sont complètement biaisées dans l’univers, et les divers relais d’opinions grand public ont majoritairement des intérêts marchands à leurs publications. Impossible dans un tel contexte de mettre en place un trading de news rentable, comme on pourrait le faire dans les marchés boursiers.

Je trouve d’ailleurs que le Bitcoin et les principales alts sont un super support quant à l’apprentissage de l’analyse technique. Et cela, associé au fait qu’elles ont des cycles de marché accélérés, en font de véritables écoles d’apprentissage de la finance en général. Les gens qui s’y intéressent s’arment véritablement pour comprendre les rythmes de marché. Elles sont une porte d’entrée aux principes de la gestion de du patrimoine personnel en général et permettent de se constituer une culture financière, économique, et ainsi d’acquérir les armes pour affronter d’autres marchés. Et avec la crypto, aucune barrière à l’entrée, en terme d’accès aux marchés du point de vue matériel, technique, et ça se fait dès le 1er Euro.

L’analyse fondamentale, je l’utilise plutôt pour investir sur des projets naissants, et si j’arrive à me construire une conviction que ça vaudra très cher un jour. Et j’avoue que je trouve que très très très très peu de choses suffisamment convaincantes… Pas forcément dans les potentiels ou les idées en elles-mêmes, mais dans le mécanisme de création de valeur d’une crypto au sein du projet. C’est d’ailleurs une question que se pose assez rarement l’investisseur particulier, qui s’arrête au contenu, à la technologie, au produit et à la team, alors qu’elle est primordiale.

Je n’aime pas trop l’idée d’immobiliser mes capitaux dans des investissements qui restent somme toute très aléatoires. Ou alors faut arriver très tôt dans la levée de fond, là où les prix sont vraiment « dirt cheap ». Je préfère jouer la volatilité, et être à la rigueur dans du swing trade plutôt qu’investisseur au sens fort du terme.

Maîtriser la psychologie des foules est primordial pour un trader. Le marché n’est jamais qu’une somme d’être humains qui s’achètent et se revendent des actifs, selon des dispositions psychologiques données. Qu’importe que le sous-jacent soit révolutionnaire, les Hommes qui les échangent restent les mêmes. Je la place même au-delà de l’analyse technique. Tant que je ne cerne pas le contexte psychologique d’une période, je ne trade pas. Ou au contraire, je peux même envisager d’aller contre les signaux techniques si je perçois une contradiction.

Et en plus de la psychologie des foules, j’ajouterais qu’il faut travailler sur sa psychologie propre. C’est le plus difficile. Notre pire ennemi à long terme dans le marché, c’est nous-mêmes.

Pour finir, si tu regardes dans ta boule de cristal, quel sera le monde de la blockchain et des crypto dans 5-10 ans ? 

C’est très difficile de faire une prospective sur cet horizon de temps, à moins d’être un véritable expert de la technologie. De manière générale, cette question s’inscrit dans le contexte d’un monde qui va connaître une forte poussée technologique, qui va engendrer de profondes transformations de nos vies personnelles, professionnelles, de notre patrimoine, voire de notre vie tout court. On sent tous que cette mutation en train de se réaliser inexorablement, sans parvenir à réellement l’expliquer au fond et sans vraiment avoir une idée bien construite de la teneur future.

Cette idée de bon sens qu’est celle d’un « grand livre » distribué et vérifiable par tous et pour tous est en train d’être développée à travers de nombreux projets qui vont faire évoluer les us et coutumes de domaines fondamentaux : juridiques, politiques, financiers, données personnelles et administratives, etc… Et potentiellement, apporter beaucoup d’efficience dans des domaines traditionnellement lourds de procédures.

Je pense par exemple à l’immobilier, et au potentiel qu’a la blockchain de rendre ce marché beaucoup plus liquide en rendant théoriquement l’achat d’une maison aussi simple que celui de n’importe quel autre objet en ligne.

Après, si je dois faire le Cryptradamus de mon champ de compétence, je dirais que les cryptomonnaies seront dans 10 ans l’un des éléments structurants de l’industrie financière. Je dirais même que la première phase d’adoption de masse se fera dès le début du prochain cycle économique. Les grandes entreprises sont en train de faire des annonces et des propositions qui vont en ce sens. On pensera ici à l’annonce de Facebook, dont on parlait plus haut.

Pourquoi cela me paraît évident ? Le simple argument de l’efficience. Nous sommes ici dans une industrie lourde de procédures, d’intermédiaires, de vérifications, et qui a un besoin prépondérant de confiance et de transparence. Et elle permet potentiellement d’apporter une solution « tout en un » à cela. C’est une révolution des relations fondamentales qui nous attend.

D’ailleurs, je finirai l’interview sur cela, les établissements financiers l’ont parfaitement compris que nous sommes dans une période de transformation de leur activité. J’adore leur double jeu.

Quand ils s’adressent au grand public, les cryptomonnaies ne sont rien de plus que des actifs spéculatifs, dangereux, « mé la téchnologi fo rekonaitr kel é cool ». Après, ils n’ont en soi pas vraiment tort, les cryptos sur le marché actuel sont les supports d’une énorme activité spéculative, sur laquelle il est dangereux d’envoyer les particuliers, qui se retourneront contre eux s’ils perdent de l’argent. Mais je pense qu’ils font erreur en les diabolisant et en menant des politiques de « rétention ». Ils devraient plutôt être dans l’information et l’éducation.

D’un autre côté, ils sont en train de préparer l’après. Ils sont de tous les sommets et de toutes les réunions spécialisées. Les grandes banques comme la Société Générale, Goldman Sachs, ont des divisions blockchain, financent des systèmes cryptos, travaillent sur l’établissement de protocoles de paiements et de transferts d’actifs en cryptomonnaies, rachètent / créent des plate-formes d’échanges.

Elles ont conscience que le business plan de la banque classique est éculé. Elles savent aussi qu’elles sortiront d’une éventuelle future crise avec un gros problème de confiance. Et la blockchain et son principe « trustless » est une solution toute indiquée pour elles, pour notre bénéfice à tous.

L’aboutissement naturel de tout cela, ce sera une digitalisation des actifs financiers. Les cryptos seront très probablement le support de valeurs mobilières « 2.0 », des titres de propriété bien plus liquides, fractionnables, plus facilement gérables et échangeables, sans besoin d’intermédiaires.

Question bonus : Pourquoi la photo de Charles Ponzi ?

Tiens, c’est vrai que personne ne me la pose cette question ! C’est une simple référence au Monsieur dont le nom sert à qualifier le système monétaire et de crédit dans lequel nous vivons… Et grâce à qui le Bitcoin existe comme proposition de réponse. Par la même, ce sont les mêmes instances qui considèrent les cryptomonnaies comme un Ponzi. La boucle est bouclée !

Nous remercions Maxime Prigent alias Maxime Loves Crypto sur Twitter et vous encourageons à découvrir sans plus tarder sa review quotidienne.

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