Les dessous du Facebook LIBRA – Calibra – La controverse

Le livre blanc du LIBRACalibra, le token de Facebook, a été publié il y a 48h le mardi 18 Juin 2019. C’est un événement majeur dans l’écosystème de la blockchain et des crypto-monnaies, cependant il suscite déjà une forte controverse.

Lien vers le PDF du livre blanc du Facebook LIBRA en français intégral

Dès l’après-midi, Bruno Le Maire ministre français de l’économie et des finances s’est évertué lors d’une séance parlementaire à mettre en garde le géant des réseaux sociaux quant à l’utilisation qu’il ferait de cette “monnaie numérique”.

Bruno Le Maire – Ministre français de l’économie et des finances à propos du LIBRA

Nous avons également la chronique de Manuel Valente, directeur de la recherche CoinHouse dans l’émission BourdinDirect sur RMC, évoquant le projet de de Facebook LIBRA et de ses conséquences.

Bourdin Direct sur RMC avec le Directeur de la Rercherche Coinhouse Manuel Valente

Changpeng Zhao le PDG de l’échangeur Binance a pour sa part commenté très ironiquement sur Twitter :

Le Facebook Libra n’a pas besoin de vérification d’identité (KYC). Ils ont déjà énormément de données sur deux milliards de personnes. Pas juste un nom, identité, adresse et numéro de téléphone. Ils connaissent votre famille, vos amis, votre localisation en temps réel. Ils vous connaissent mieux que vous même. Et maintenant votre portefeuille également.

Changpeng Zhao PDG Binance

Positions à l’étranger

Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, voit un potentiel dans les paiements gratuits et instantanés, mais indique que les régulateurs resteront très prudents sur les prérogatives accordées à Facebook.

Il évoque une épée à double tranchant, affirmant qu’il voyait l’utilité potentielle de la monnaie numérique mondiale de Facebook, en particulier dans les pays où les transferts d’argent sont coûteux et lents, y compris aux États-Unis, car ils pourraient fournir une solution de paiement gratuite et instantanée. 

Toutefois, si cette monnaie doit avoir du succès, seule la réglementation la plus stricte conviendrait, a-t-il déclaré, en mettant un accent particulier sur la prévention du blanchiment d’argent, le piratage et le respect de la vie privée des utilisateurs (domaine dans lequel Facebook est vivement critiqué).

Les USA montent au créneau

Les Etats-Unis ne sont pas en reste avec l’intervention de hauts membres du congrès à l’encontre du Libra qui demandent précisément de stopper toute avancée du projet tant qu’il n’aura pas été audité et approuvé par le Congrès et régulateurs :

Calibra – Le Portefeuille Libra

Le premier produit de Calibra sera un portefeuille numérique qui stockera la crypto-monnaie Libra et pourra se connecter à la blockchain Libra. Selon Facebook, le portefeuille sera disponible à la fois dans Messenger et WhatsApp, avec une application autonome également attendue. Facebook prévoit de lancer Calibra courant 2020.

Quand je réfléchis aux différentes façons dont les gens interagissent en privé, je pense que les paiements sont l’un des domaines dans lesquels nous avons la possibilité de faciliter les choses beaucoup plus facilement. Je pense qu’il devrait être aussi facile d’envoyer de l’argent à quelqu’un qu’à envoyer une photo.

Mark Zuckerberg PDG Facebook
  • En tant que fournisseur de services financiers, Calibra sera réglementée en conséquence, justifiant sa structuration en filiale
  • La Libra Association est distincte de Calibra et de Facebook
  • En mettant l’accent sur la confidentialité, Calibra ne partagera pas les informations de compte ou les données financières avec Facebook ou des tiers sans le consentement de l’utilisateur
  • Certains cas limités de force majeure pourront cependant donner à Facebook l’accès à vos données : la conformité réglementaire, la prévention du blanchiment d’argent et la fraude, les données de performance, le partage de données avec le traitement des paiements et les autres fournisseurs de services pour mener à bien la transaction
  • Calibra ne sera pas disponible dans les juridictions ayant interdit les crypto-monnaies et nécessitera une vérification d’identité pour accéder à un portefeuille

Une première tentative totalement ratée

La première tentative de Facebook dans les solutions de paiement numérique, baptisée “Facebook Credits” remonte à une dizaine d’années.

Credits permettait l’achat d’un jeton intégré à la carte avec une carte de crédit – PayPal (1 dollar = 10FB) afin de l’utiliser comme devise pour les applications payantes et les objets en jeu.

Les crédits FB généraient de solides revenus, mais l’un des problèmes majeurs du produit était le fait que Facebook devait en reverser la majeure partie pour couvrir les frais de traitement de réseaux comme Visa et MasterCard.

Envoi de fonds à l’échelle mondiale

En 2018, les envois de fonds vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint des niveaux record d’environ 530 milliards de dollars, soit une augmentation de 10% par rapport à l’année précédente. Regroupées dans les transactions pour inclure les pays à revenu élevé, les envois de fonds dans le monde ont atteint un volume inférieur à 690 milliards de dollars en 2019.

Les applications Square et Cash App de Venmo, ont commencé à enregistrer une accélération significative de la croissance du portefeuille numérique.

Les deux applications de paiement combinées comptaient environ 20 millions d’utilisateurs en 2017 et ont doublé ce nombre, passant à plus de 40 millions d’utilisateurs actifs. 

Étant donné que le coût moyen global de l’envoi de 200 dollars était estimé à 7% au premier trimestre de 2019, alors que les banques facturaient en moyenne 11% de frais, Facebook estime que le potentiel de service est bien réel.

Le marché semble en avoir pris bonne note, Western Union, la plus grande entreprise mondiale d’envois de fonds au monde, a vu ses actions s’ouvrir en baisse de 3%.

Une vraie solution à la débancarisation ?

Vraisemblablement, la majorité des personnes non bancarisées n’ont pas accès au système bancaire en raison du manque de pièces d’identité délivrées par l’État. Etant donné que Calibra devra KYC tous les utilisateurs du système, comment vont-ils résoudre ce problème ?

Il est intéressant de noter que même si le réseau Libra encourage les fournisseurs de portefeuilles extérieurs à développer des services pour le réseau, le portefeuille numérique ne sera pas disponible dans les juridictions où la crypto-monnaie est actuellement interdite par les régulateurs.

Au secours de l’inflation via un stable-coin ?

Comme nous pouvons le constater dans le tableau ci-dessous, de plus en plus de pays s’appauvrissent et leur monnaie est totalement dévaluée à cause d’une inflation sans précédents.

De la même façon que les habitants de l’Argentine ou du Venezuela se sont tournés massivement en 2018 et 2019 vers le Bitcoin afin de sécuriser leur argent, le Libra facilitera t-il ce genre de transactions ? La question se pose.

Explosion des paiements sur mobile

Calibra aura la capacité de s’appuyer sur plus de 2,3 milliards d’utilisateurs mensuels avec un produit qui s’est avéré être un outil d’acquisition client hyper-efficace et bon marché.

Calibra de Facebook pourrait devenir l’un des principaux services financiers par le nombre d’utilisateurs numériques américains (services bancaires mobiles ou portefeuilles numériques). 

En supposant une base d’utilisateurs américains d’environ 170 millions de personnes, un taux de pénétration de 5% en 2020 placerait Calibra au septième rang des utilisateurs numériques actifs, juste derrière Cash App.

Confidentialité des données – l’ambiguïté de Facebook

Les portefeuilles pourraient avoir accès aux données de transactions ou une visibilité non seulement du lieu et de la quantité que vous avez achetés, mais aussi un reçu détaillé des articles que vous avez achetés chez un marchand spécifique.

Pour être clair, Facebook n’a pas confirmé qu’il en soit ainsi ni de l’intention de tirer parti de ce niveau de données. En fait, la politique en matière de données de Calibra indique qu’ils ne partageront pas de données avec Facebook ou des tiers, ni qu’ils n’utiliseront ces données pour améliorer le ciblage des annonces. 

Il n’est pas difficile d’imaginer un véritable portefeuille numérique offrant ces fonctionnalités et fournissant à son tour des services à l’utilisateur, tels que des coupons intelligents, des réductions et même des récompenses payées par des publicités rémunérées (comme le fait le navigateur Brave avec son jeton BAT).

Conclusion

Comme beaucoup aiment à le dire, nous sommes face à un changement de paradigme. Celui de l’intervention d’une société privée voulant éditer sa propre monnaie.

Les Etats souverains, à tort, l’ont probablement sous estimé avant sa mise en fonction, mais Facebook géant des réseaux sociaux est déjà un semblant d’Etat dans l’Etat.

Jusqu’où laisseront-ils ce colosse empiéter sur la monnaie d’Etat avant de faucher ses pieds d’argile ? telle est la question.

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